Observer le bien-être des équidés attelés dans le travail – Conférence IFCE
L’IFCE proposait le 3 décembre 2025 une web-conférence sur le thème du « Bien-être des équidés attelés – Des observables à avoir en tête dans les conditions de travail ». À l’approche de Noël, qui voit fleurir les calèches du Père Noël, cette conférence permettra à tous les amoureux des chevaux de mieux discerner les signes de fatigue des chevaux au travail. Cette question se pose d’autant plus lorsque les chevaux sont utilisés en présence de public. Il est important de les avoir en tête, pour pouvoir répondre aux questions des personnes qui peuvent s’interroger sur l’état du cheval attelé. Pour un cheval de trait en bonne santé, transporter le Père Noël n’est pas un si grand effort en soi, mais pouvoir l’argumenter se révèle indispensable.
État des lieux des travaux en cours
Travailler avec des chevaux et des équidés nécessite une lecture fine de leur posture et de leur activité, pour adapter la demande du meneur aux capacités du cheval. Il existe actuellement très peu d’études sur le sujet, mais l’IFCE a cependant proposé en 2025 une web conférence qui synthétisait les travaux en cours. Cette conférence permet de faire connaître les acquis que les meneurs expérimentés détectent sans même sans rendre compte, et de vulgariser auprès du plus grand nombre les signes à observer pour déterminer l’état intérieur du cheval.
Les aides chez le cheval attelé et chez le cheval monté
En préalable, il est apparu nécessaire de rappeler certaines caractéristiques de l’attelage, en comparaison de l’équitation. En effet, ces pratiques diffèrent principalement par la position de l’humain: La position du meneur est en arrière, dans une voiture, tandis que le cavalier, est lui positionné sur sa monture. Ceci implique que le meneur dispose de moins d’aides que le cavalier pour faire passer ses messages et demandes au cheval. En effet, le cavalier peut faire usage de la position de son corps et de son poids, de ses jambes, de ses mains et de sa voix. Pour le meneur, situé plusieurs mètres derrière le cheval, moins d’aides sont disponibles, mais elles seront compensées par d’autres moyens d’actions. En premier lieu la voix, qui devient un lien fondamental entre le cheval et le meneur, les mains, via les guides, et le fouet.
Malgré son nom qui renvoie à des punitions brutales, le fouet n’a, dans l’attelage d’aujourd’hui plus aucune valeur de contrainte, mais uniquement d’indication. Il n’est pas utilisé pour fouetter, mais pour indiquer. Il servira à remplacer la jambe pour donner des indications au cheval sur son positionnement dans l’espace ou sur une action à venir. Particularité de l’attelage, la voix humaine est centrale pour les transitions montantes, et descendantes (avec le chant de la tourterelle), ou pour rassurer le cheval. La main sert quand à elle à positionner la tête du cheval.
Caract’equivigne: l’utilisation des chevaux dans les vignes
La première étude citée concerne le travail des chevaux dans les vignes. L’un des pans de cette étude visait à déterminer les signes de confort/inconfort des chevaux au travail, en étudiant leur comportement, lors du travail en vigne.
Deux observables ont été analysés:
1/ le comportement du cheval: mouvements de tête, ouverture de la bouche, arrêts spontanés
2/ les postures et expressions faciales: position de l’encolure, du chanfrein, position des oreilles, forme de l’oeil, forme des naseaux
Lorsque l’intensité du travail augmente ou que l’effort de traction est plus important (mesurée par la fréquence cardiaque et un dynamomètre), différents signes d’inconfort peuvent apparaître, selon les individus:
Quand la fréquence cardiaque augmente, les signes visibles sont la position des oreilles en arrière, des mouvements de tête inopinés, et l’ouverture de la bouche. Ces signes sont très variables en fonction des individus.
Quand l’effort de traction est plus important, on observe des arrêts spontanés, ou la dilatation des naseaux.
Projet CoolÂne
Cette deuxième étude a été menée pour améliorer le travail avec des ânes. L’un des pans de cette étude concerne, là-aussi, l’analyse des indicateurs de confort et d’inconfort au travail pour des ânes.
Les signes d’inconfort sont identiques à ceux visibles pour les chevaux dans le travail des vignes, à l’exception de la position de la queue, qui diffère de celle du cheval : elle est collée et moins mobile durant l’effort intense.
Projet Efface
Cette étude ne visait pas directement les chevaux de travail attelés, mais plutôt les chevaux de course de trot. Ceux-ci étant également attelés, certains points communs peuvent cependant être observés, même si l’intensité de l’effort est totalement différente, les chevaux de course étant orientés sur la performance sportive.
Cette étude a listé les indicateurs d’inconfort chez les trotteurs, lors de séances d’entrainement intenses. Les signes d’inconfort constatés sont la bouche ouverte, les oreilles collées et le chanfrein trop en arrière. La bouche ouverte constitue le signal le plus fréquent. Par ailleurs, après les séances où les signes d’inconfort sont plus présents, la récupération est plus lente, avec des signes de fatigue (augmentation du temps de repos, et la tête basse).
Synthèse des études étrangères sur les chevaux attelés
Pour les promenades en calèche, très peu d’études existent sur le sujet, et aucune n’a été menée en France. Cependant, une étude portant sur 24 chevaux, travaillant 4h45 en moyenne, tractant 700 kg roulant, a montré que ceux-ci montrent très peu de signes d’inconfort durant le travail. Physiologiquement, les chevaux récupérait très rapidement, en 10 mn ou dans l’heure suivant la fin du travail. Pour ce type de travaux, le point de vigilance principal à avoir en tête concerne la température extérieure, qui peut impacter fortement les organismes.
Évaluer la fatigue
En se basant sur des études faites pour les chevaux montés, on peut également observer certains signes de fatigue observables chez l’ensemble des chevaux en état de fatigue :
– augmentation des mouvements de bouche : tremblements, mouvements de lèvre, lorsque les hormones d’effort sont en hausse
– diminution globale de la réactivité à l’environnement: moindres oreilles en avant, moins de frémissements du muscle peaucier, baisse de l’observation de l’environnement
– augmentation des postures de repos, telles que la fermeture partielle des yeux, les contractions des lèvres et du menton, les attitudes de repos debout, avec alternance des appuis des postérieurs.
Conclusions
Les comportements d’inconfort des équidés sont facilement visibles, et ils sont identiques que l’on ait affaire à des chevaux de trait, des ânes ou des chevaux de sport. Ces signes permettent de suivre en temps réel l’état du cheval et de l’âne, et sa capacité à tenir l’effort demandé. Il n’est donc pas obligatoire d’avoir un cardiofréquencemètre ou un dynamomètre pour obtenir des informations immédiatement utilisables par les meneurs.
Reste à ceux-ci tout le travail de médiation avec le public, pour montrer qu’un cheval qui travaille n’est pas un cheval qui souffre.




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